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Fri, Sep

Emeutes à Buldhoqo : Le Procureur de la République apporte des éclaircissements

Sociale
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« Des émeutes sont survenues dès l’aube de lundi dernier au quartier Buldhoqo dans la commune de Balbala. Elles ont été déclenchées par des personnes prétendant se révolter contre le refus de l’administration de leur autoriser la tenue d’un très grand rassemblement dans le lieu de leur choix. 

En réalité, les services publics compétents avaient exhorté les organisateurs de cette manifestation à ne pas se retrouver en ces lieux mais sur un autre site plus approprié compte tenu d’une part du risque de débordement et des troubles redoutés au regard du nombre important des personnes invitées à y participer et du caractère religieux, culturel mais aussi surtout tribal de la manifestation projetée, et d’autre part compte tenu de la situation sur le plan de la sécurité avec les menaces d’attentats que subit en permanence notre pays. 

Les émeutes ont éclaté avec préméditation face à la situation que je viens de décrire, entraînant des conséquences dramatiques, dont le décès de 7 personnes et les blessures de 86 autres, les dégradations par les faits d’incendies et des tentatives de prise d’otages.

Les blessés sont au nombre de 86 dont 11 sont encore hospitalisés. Une enquête a été diligentée par le parquet aussitôt que nous avons eu connaissance de la survenance de ces événements. Elle a été confiée à la brigade criminelle de la police représentée par le Colonel Omar Hassan et à la section de la recherche de la gendarmerie nationale représentée par le Capitaine Hassan Ahmed. 

Cette enquête, toujours en cours, va établir les faits et gestes des personnes ayant participé à la commission des infractions à la loi et de déterminer les responsabilités, toutes les responsabilités, dans ces incidents dramatiques, de leurs origines jusqu’aux conséquences. 

Mais d’ores et déjà, les interpellations auxquelles il a été procédé et les auditions qui s’en sont suivies mais aussi le travail d’exploitation des vidéos et des prises de vues, permettent d’affirmer que plusieurs centaines d’émeutiers se sont rassemblés sur le site sur lequel ils projetaient d’organiser une manifestation. 

Ils s’en prennent violemment au dispositif policier qui comprend une trentaine d’éléments non armés, qui ont été très vite débordés. On dénombre alors plusieurs blessés parmi les policiers dont deux par arme à feu, les autres blessures étant causées par arme blanche et des éléments contondants. Dès lors, on ne parle plus d’une manifestation, le cadre n’est plus celui d’une manifestation mais d’une émeute. 

Plusieurs barrages incendiaires sont érigés sur la route de Holl-Holl, les forces anti-émeutes interviennent et un semblant de calme revient, jusqu’à ce que quelques émeutiers dispersés se dirigent vers le quartier proche de Balbala et se signalent encore par des agissements très graves. Puisqu’il s’agit de faits de destruction par incendie des locaux abritant l’annexe d’un parti politique à midi et d’un camion benne de l’office de la Voirie de Djibouti sur la route nationale 1 à hauteur du centre de formation de femmes de Balbala. 

Il s’agit aussi d’assauts contre la brigade de la gendarmerie de Cheick Moussa. Il s’agit surtout de prise d’otage. Une première prise d’otage de trois policiers et une deuxième qui est la plus grave est celle qui concerne les occupants d’un car scolaire, à savoir des enfants qui rentraient à l’issue de leur journée de classe et de leur enseignante. 

Vous me permettrez de revenir sur les personnes décédées, elles sont au nombre de 7 dont une fillette de trois ans. S’agissant des faits qui ont vu des tirs d’armes à feu qui se sont croisés dans les deux sens, il est encore prématuré de dire si la fillette a été la cible des forces de l’ordre ou des tirs d’un des assaillants. L’arme ou les armes dont les émeutiers auraient fait usage n’ont pas encore été retrouvées à l’instant où je vous parle. L’usage des armes par les émeutiers est établi par la circonstance des blessures constatées sur les policiers par arme à feu. La seule certitude est celle d’une balle ayant, par ricochet, atteint la fillette à la tête. Mais dans un cas comme dans l’autre, vous conviendrez que la responsabilité ne souffre aucun doute tant il est constant que les émeutiers aient occupé les ruelles du bidonville de Buldhoqo où se trouve la demeure de la défunte. Ils l’auraient utilisée comme base de lancement de leur agression et base de repli une fois leur forfait commis. 

En conclusion, l’identification prendra le temps nécessaire à l’exécution dans les meilleures conditions de cette enquête et nous mettrons à contribution toutes les ressources techniques pour y parvenir. Dans l’immédiat, 8 personnes sont en garde à vue. Vous comprendrez que je ne puisse vous communiquer leur identité comme me l’ont conseillé les deux responsables de l’enquête présents à mes côtés. Nous vous tiendrons informés de la suite de cette enquête dans la mesure de ce que la loi autorise. »